
19 plaquages. Zéro manqué. À la mi-temps, Pau avait déjà compris que le ballon porté ne passerait pas par là.
Shingirai Manyarara a fait de ce barrage du 13 juin 2026 au Stade du Hameau un exercice de mathématiques cruelles pour les Palois. Le Racing 92 s’en est tiré 33-31, mais le score final ment. Ment sur la domination physique, ment sur la première défaite paloise à domicile de toute la saison.
Ment surtout sur la manière dont une demi-finale au Vélodrome s’est construite dans l’ombre d’un numéro 8 titulaire pour le Racing 92 contre Pau en barrage de Top 14, selon MemoSport.
#Manyarara, le mur qui a changé le problème de Pau
Le chiffre est là, nu, sans appel : 19 plaquages réussis, 0 manqué. Vous n’avez pas besoin que je vous dessine la courbe de température du match pour saisir ce que ça représente. Pau a bâti sa saison sur un ballon porté vorace, sur ces phases de conquête où le pack paloise fait plier l’adversaire par l’accumulation.
Sauf que ce soir-là, l’accumulation cognait contre quelque chose.
Manyarara n’a pas seulement plaqué. Il a redirigé. Chaque charge paloise finissait dans ses bras ou dans ceux de Jonny Hill (7,5/10).
Ce dernier jouait au-dessus de lui avec cette intelligence de second rideau qu’on lui reconnaît depuis son temps à Exeter. Le tandem a fait de la zone des 22 mètres racingiste un territoire hostile, presque un piège. Pau a marqué, oui, mais jamais par la force.
Jamais par ce chemin qu’elle emprunte d’habitude.
Je me suis fait la réflexion en relisant mes notes. On parle souvent des doublés d’essais, des 18 points au pied, des percées tranchantes. Mais un match comme celui-là, il se gagne dans les actions défensives que vous ne voyez pas à la télé.
Manyarara a porté 19 d’entre elles. Sans faute. C’est là que le Racing a gagné sa demi-finale.
#Carbonneau-Gibert : la charnière qui a tenu le manche
Léo Carbonneau a marqué deux essais. Antoine Gibert a inscrit 18 points, avec un pied à 100%. Les deux chiffres parlent, mais ils ne disent pas tout.
Ce qui frappe, c’est la distribution du travail. Carbonneau (8/10) a fait le sale boulot, ces appuis courts dans l’axe où le demi de mêlée se jette dans les défenseurs pour libérer le ballon. Gibert (8,5/10) a pris ce ballon et l’a transformé en points, méthodiquement, sans trembler.
Vous connaissez ce type de match où le score serre et où chaque pénalité devient un acte de foi ? Gibert les a toutes passées. 100%.
Pas une seule erreur au pied. Dans un stade où Pau avait pourtant l’habitude de faire craquer les visiteurs, cette régularité a tué lentement. Chaque trois points arrachait un peu plus d’air aux tribunes du Hameau.
Mon avis tranché sur ce duo : Carbonneau mérite plus de crédit que son score ne le suggère. Deux essais, c’est le chiffre qu’on retient. Mais c’est sa capacité à accélérer le rythme après contact qui a fait la différence.
Il a fait jouer le Racing devant la ligne de défense. Cela a permis à Gibert de rester dans ces zones où le pied fait la différence. Sans cette alternance, le Racing finit par se faire étouffer.
#Bamba et les ailes : quand le Racing a su varier
Demba Bamba (8/10) a été le pilier droit que Pau n’a pas venu chercher. Sa puissance en mêlée, sa capacité à tenir le côté fermé quand le ballon circulait vers l’aile gauche, c’est un travail de fondation. Vous ne le voyez pas sur les essais, mais vous le voyez sur les relances paloises qui meurent à trois mètres de l’avantage.
Bamba a construit le mur. Manyarara a fait le reste.
Sur les ailes, le Racing a montré quelque chose d’intéressant. Vinaya Habosi (7/10) a tranché en première mi-temps, puis Josua Tuisova (6,5/10) est entré pour tenir le même registre. C’est une gestion de ressources que je trouve intelligente : deux profils similaires, deux temps de jeu, une continuité de menace.
Wilfried Hulleu (4,5/10) a payé plus cher, remplacé dès la 33e par Gaël Fickou (7/10) qui a stabilisé l’arrière-garde.
La vraie question que vous vous posez peut-être : pourquoi Hulleu si bas, et Fickou si rapidement rentré ? Le score à la 33e minute, la pression du barrage, l’expérience de Fickou dans ces moments-là. Le Racing a choisi la sécurité.
Ça s’appelle un coaching gagnant, même si le mot fait grincer des dents dans les bistrots puristes.
#Le verdict du Hameau : ce que 33-31 cache
Pau a perdu à domicile pour la première fois de la saison. Ce n’est pas anodin. Ce stade, cette ambiance, cette équipe qui avait fait de la défense du Hameau un totem, tout ça s’est effondré sur un détail de défense, sur un plaquage de Manyarara, sur une pénalité de Gibert.
Le Racing n’a pas volé sa victoire. Il l’a arrachée parce qu’il a trouvé, ce soir-là, la combinaison rare entre domination physique et précision technique.
Max Spring (6,5/10), Joey Manu (6,5/10), Romain Taofifenua (6/10), les notes du milieu de tableau disent autre chose. Ils ont fait le travail sans excès. C’est peut-être le signe d’une équipe qui sait où sont ses forces.
Elle ne demande pas à tout le monde d’être héros. Le Racing a des stars, oui, mais ce soir il a gagné grâce à ceux qui font le métier sans bruit.
La demi-finale au Vélodrome attend. Contre qui ? C’est une autre histoire.
Ce qui est sûr, c’est que Manyarara a posé un marqueur. 19 plaquages, 0 manqué. Quelqu’un au centre de formation du Racing étudiera cette bande.
Pas pour les essais. Pour la manière dont un numéro 8 titulaire pour le Racing 92 contre Pau en barrage de Top 14, selon MemoSport, peut faire basculer un match sans jamais toucher le ballon.



